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	<title>Dérapage</title>
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	<description>dérives mordantes et coups de fourchettes</description>
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		<title>&#171;&#160;Sinistré&#160;&#187; de l&#8217;emploi</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Aug 2009 16:19:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[spéculation qui mord]]></category>

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		<description><![CDATA[Séance d&#8217;information à l&#8217;Office régional de placement, Lausanne.
Le conférencier présente le cadre et les prestations de l&#8217;assurance chômage à une vingtaine de personnes, toutes vraisemblablement sans emploi. Des &#171;&#160;chômeurs&#160;&#187; ? Pas vraiment. Dans un accès de ce qui pourrait être de la sincérité, l&#8217;employé d&#8217;Etat décode le système dans lequel il travaille, et propose à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Séance d&#8217;information à l&#8217;Office régional de placement, Lausanne.</p>
<p>Le conférencier présente le cadre et les prestations de l&#8217;assurance chômage à une vingtaine de personnes, toutes vraisemblablement sans emploi. Des &laquo;&nbsp;chômeurs&nbsp;&raquo; ? Pas vraiment. Dans un accès de ce qui pourrait être de la sincérité, l&#8217;employé d&#8217;Etat décode le système dans lequel il travaille, et propose à ses auditeurs le synopsis suivant.</p>
<p>L&#8217;ORP est partie intégrante d&#8217;un système assuranciel, et que fait un tel système ? Il assure contre les sinistres. Si vous avez un emploi, tout va bien, vous êtes en situation régulière ; alors si vous n&#8217;avez pas d&#8217;emploi, c&#8217;est donc que vous avez subi un sinistre et, pour cette raison, faites appel à l&#8217;assurance chômage. La cause du non-emploiement d&#8217;un individu n&#8217;a, <em>a priori</em>, pas d&#8217;importance : personnes à &laquo;&nbsp;capacités réduites&nbsp;&raquo;, étudiants n&#8217;ayant pas encore endossé d&#8217;emploi fixe, artistes, et tous ceux qui, d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre, ont décidé à un moment donné de prendre le risque de quitter un job où ils se sentaient dévalorisés, pour en trouver un autre&#8230; A la rigueur, ceux qui ont perdu leur emploi à cause d&#8217;une crise ou d&#8217;une autre, dont les tenants et aboutissants les dépassent ; mais là encore, regrouper tout cela sous le terme &laquo;&nbsp;sinistre&nbsp;&raquo;, comme c&#8217;est pratique !</p>
<p>Le problème, c&#8217;est que le conférencier en question n&#8217;a sans doute pas tort. Et que dans ce pays, comme dans bien d&#8217;autres en Europe et dans le monde, on prend le travail comme une condition<em> sine qua non</em> du bonheur&#8230; de la production de valeur&#8230; et de l&#8217;insertion sociale.</p>
<p>Comment dire ? Si vous n&#8217;avez pas de job : se rejoue dès lors le vieux drame biblique.</p>
<p><img class="alignnone" title="Job" src="http://derapage.skafka.net/res/20090819_job.jpg" alt="" width="313" height="263" /></p>
<p>Le personnage de Job, mis à l&#8217;épreuve par Satan avec la complaisance de Dieu, doit tenir bon, même et surtout lorsqu&#8217;il va perdre tout ce qu&#8217;il a. Ce grand sinistré continue pourtant &#8212; exemple moral &#8212; de vouer à Dieu une foi inconditionnelle. L&#8217;analogie est facile : le personnage du travailleur, mis à l&#8217;épreuve de l&#8217;extra-social avec la complaisance de la société, doit tenir bon, même et surtout lorsqu&#8217;il va perdre tout ce qu&#8217;il a. Et on attend de ce sinistré qu&#8217;il continue de vouer à cette société une foi inconditionnelle ?</p>
<p>Mais l&#8217;extra-social est créé par la société, de même que Satan est créé par Dieu : pour parier contre lui et perdre à chaque fois.</p>
<p>Conclusion : éliminer cette alternative stérile et chercher une autre voie !</p>
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		<title>Ordinaire dimanche matin</title>
		<link>http://derapage.skafka.net/2009/08/16/ordinaire-dimanche-matin/</link>
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		<pubDate>Sun, 16 Aug 2009 09:26:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[déambulation]]></category>

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		<description><![CDATA[A la cathédrale de Lausanne (presque vide), 10h35, le prêtre dit : &#171;&#160;la foi, ce n&#8217;est pas comme un plat sur une terrasse d&#8217;été&#160;&#187;.
Au détour d&#8217;un chemin, on tombe sur la société &#171;&#160;Denial&#160;&#187; : si c&#8217;était de l&#8217;anglais, on le traduirait par &#171;&#160;déni&#160;&#187;. Juste en-dessous de ce nom se trouve inscrit le domaine d&#8217;activité de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A la cathédrale de Lausanne (presque vide), 10h35, le prêtre dit : &laquo;&nbsp;la foi, ce n&#8217;est pas comme un plat sur une terrasse d&#8217;été&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Au détour d&#8217;un chemin, on tombe sur la société &laquo;&nbsp;Denial&nbsp;&raquo; : si c&#8217;était de l&#8217;anglais, on le traduirait par &laquo;&nbsp;déni&nbsp;&raquo;. Juste en-dessous de ce nom se trouve inscrit le domaine d&#8217;activité de l&#8217;entreprise : &laquo;&nbsp;Ressources humaines&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Traversant les rues presque désertes, on croise des groupes de personnes âgées, un car de touristes&#8230; Quelques cafés sont ouverts, des terrasses et des McDonald&#8217;s.</p>
<p>Dans la basilique (à moitié pleine), 10h55, on ramène vers l&#8217;autel les corbeilles qui ont circulé dans les rangs, et le curé dit :&nbsp;&raquo;prions ensemble en ce moment où nous faisons notre sacrifice au Seigneur&nbsp;&raquo;.</p>
<p>D&#8217;autres (la plupart) sont à la plage, ou entrain de déjeuner, peut-être entrain de faire l&#8217;amour, ou de regarder la télé. Et quoi ??</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Nexpresso : kit de survie</title>
		<link>http://derapage.skafka.net/2009/08/13/nexpresso-kit-de-survie/</link>
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		<pubDate>Thu, 13 Aug 2009 21:01:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[ça dérape sec !]]></category>

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		<description><![CDATA[
Dans son &#171;&#160;magazine pour tous les instants précieux&#160;&#187; de janvier 2009, la marque Nespresso vante les accessoires de sa gamme Citiz avec une volupté qui confine au ridicule. Un ridicule qui, par exemple dans l&#8217;article &#171;&#160;kit de survie&#160;&#187;, va jusqu&#8217;à prendre les traits du porno chic.
Parler du café comme d&#8217;un &#171;&#160;plaisir solitaire&#160;&#187; a tout de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft" style="margin: 4px;" src="http://derapage.skafka.net/res/20090813_nespresso2.jpg" alt="" width="328" height="445" /></p>
<p>Dans son &laquo;&nbsp;magazine pour tous les instants précieux&nbsp;&raquo; de janvier 2009, la marque Nespresso vante les accessoires de sa gamme Citiz avec une volupté qui confine au ridicule. Un ridicule qui, par exemple dans l&#8217;article &laquo;&nbsp;kit de survie&nbsp;&raquo;, va jusqu&#8217;à prendre les traits du porno chic.</p>
<p>Parler du café comme d&#8217;un &laquo;&nbsp;plaisir solitaire&nbsp;&raquo; a tout de l&#8217;ostentation masturbatoire&#8230; Difficile pourtant d&#8217;être dupe : c&#8217;est bien à des hommes, à de <em>vrais mâles</em> que s&#8217;adresse le message. Sexisme des représentations&#8230;</p>
<p>L&#8217;image de Georges Clooney se servant de son café comme d&#8217;un aimant à femme, la métaphore méritait donc d&#8217;être poussée à bout.</p>
<p>Ce que nous avons fait, avec le résultat vidéo que voici.<br />
(Attention : <em>explicit content !</em>)</p>
<p><object id="player1" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="480" height="360" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="FlashVars" value="configxml=res/nespresso/nespresso.xml" /><param name="src" value="res/nespresso/player_flv_maxi.swf" /><param name="flashvars" value="configxml=res/nespresso/nespresso.xml" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed id="player1" type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="360" src="res/nespresso/player_flv_maxi.swf" flashvars="configxml=res/nespresso/nespresso.xml" allowfullscreen="true"></embed></object></p>
<p>&laquo;&nbsp;Une tasse, une coupelle, une cuillère et un plateau. Que faut-il de plus au nomade urbain pour jouir de l&#8217;instant de perfection que procure la dégustation solitaire d&#8217;un bon café ? Avec CitiZ Avant-Première, chaque chose est à sa place. Les découpes doubles du plateau ardoise sablé sont conçues pour recevoir tous les accessoires de la gamme, quel que soit leur diamètre, tout en empêchant votre tasse et votre coupelle de glisser. La gracieuse cuillère à espresso est un plaisir à elle seule. Sa forme ovoïde a été conçue pour capter jusqu&#8217;à la dernière goutte de crema de la tasse. Quelle meilleure manière de commencer votre propre collection d&#8217;accessoires CitiZ interchangeables ?&nbsp;&raquo;</p>
<p>Rien à dire, tout y est : le &laquo;&nbsp;nomade urbain&nbsp;&raquo;, ce mâle sûr de lui qui va de femme en femme à travers ces grands réservoirs de fesses que sont les villes ; le plaisir en solitaire ; la perfection de l&#8217;ordre établi ; la flexibilité ; la variabilité ; la manie du collectionneur enfin, qui pourra se vanter de ses conquêtes, de ses bagnoles, et de sa <a href="http://images.google.ch/images?hl=fr&amp;q=machine+%C3%A0+caf%C3%A9+nespresso&amp;btnG=Recherche+d%27images&amp;gbv=2&amp;aq=f&amp;oq=">rutilante machine à café</a>.</p>
<p><span style="font-style: italic;">Are you a feminist?<br />
Yes, of course. I know why you&#8217;re asking it, because people now say no.<br />
But how stupid do you have to be to say, &laquo;&nbsp;No, I believe in gender inequality&nbsp;&raquo;?</span></p>
<p><span style="font-style: italic;">(<a href="http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/2009/aug/13/lauren-laverne">Lauren Laverne</a>)<br />
</span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>IKEA &#171;&#160;défie la crise&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Aug 2009 13:07:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Albert le vert</dc:creator>
				<category><![CDATA[.dérive mordante]]></category>

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		<description><![CDATA[Bienvenue dans le merveilleux monde d&#8217;IKEA, qui vient de sortir, ai-je découvert ce matin en ouvrant ma boîte aux lettres, son catalogue 2010&#8230; Un volume de 386 pages censé nous donner envie d&#8217;acheter malgré la crise. Quelle crise ? Il ne s&#8217;agit vraisemblablement pas de la crise écologique&#8230; Malgré les efforts &#171;&#160;verts&#160;&#187; constatés chez le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Bienvenue dans le merveilleux monde d&#8217;IKEA, qui vient de sortir, ai-je découvert ce matin en ouvrant ma boîte aux lettres, son catalogue 2010&#8230; Un volume de 386 pages censé nous donner envie d&#8217;acheter malgré la crise. Quelle crise ? Il ne s&#8217;agit vraisemblablement pas de la crise écologique&#8230; Malgré les efforts &laquo;&nbsp;verts&nbsp;&raquo; constatés chez le constructeur/distributeur suédois &#8212; dont l&#8217;utilisation de papier certifié FSC, d&#8217;un mode d&#8217;impression &laquo;&nbsp;climatiquement neutre&nbsp;&raquo;, et d&#8217;une possibilité via webmail de demander à ne plus recevoir le catalogue l&#8217;année prochaine &#8211;, le moins que l&#8217;on puisse dire est qu&#8217;on recherche chez IKEA un optimum économique, plutôt que s&#8217;y trouverait opérer un véritable choix écologique.</p>
<p>Dans son catalogue, comme sur son <a href="http://www.ikea.com/ch/fr/">site internet</a> où des vidéos d&#8217;une bêtise apparemment <em>très normale </em>racontent comment &laquo;&nbsp;défier la crise&nbsp;&raquo;, IKEA plonge tête baissée dans cette &laquo;&nbsp;idéologie de crise&nbsp;&raquo; qui fait de plus en plus d&#8217;émule dans le marketing. Soyez bricoleurs, futés, malins et débrouillards&#8230; On lira avec une joie mordante l&#8217;article de Mona Chollet paru en dernière page du <em>Monde diplomatique</em> de ce mois d&#8217;août 2009. Extrait : &laquo;&nbsp;Vous pensiez que la récession, c&#8217;était les patrimoines partis en fumée, les familles à la rue, les licenciements en rafale, l&#8217;angoisse du lendemain, les factures en souffrance, les privations ? C&#8217;est que vous restez englué dans un matérialisme d&#8217;un autre âge. Ceux qui persistent à remâcher leurs critiques contre l&#8217;injustice du système devraient s&#8217;initier à l&#8217;« état d&#8217;esprit anticrise », dont <em>Marie Claire</em> (février 2009) nous livre les secrets : «Il faut voir le verre à moitié plein plutôt qu&#8217;à moitié vide ». « Quand on attend toujours plus de la vie, on n&#8217;est jamais content ». Les plus réfractaires pourront essayer le «yoga du rire », «une technique qui s&#8217;acquiert en trois ou quatre séances ». La clé de tout, c&#8217;est de « parvenir à modifier son mode mental» ; pour ce qui est de modifier le monde tout court, on verra plus tard.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Chez IKEA, on suit la même procédure. Pour vanter un ensemble de mobilier de rangement, le slogan suivant informe le lecteur : &laquo;&nbsp;Nombreuses tablettes. Nombreuses consoles. Innombrables combinaisons.&nbsp;&raquo; Mais diable, n&#8217;est-ce pas ce même type de discours qui a produit la crise ? Deux horizons limités (producteurs et consommateurs) engendrant comme par magie un marché illimité&#8230;</p>
<p>Avec IKEA, on n&#8217;est pas non plus à l&#8217;abri d&#8217;une nouvelle crise du prêt (&nbsp;&raquo;Meubler aujourd&#8217;hui et payer demain, comme c&#8217;est pratique&nbsp;&raquo;), ni d&#8217;une nouvelle crise religieuse (&nbsp;&raquo;Trouver la chaise de bureau idéale est plus simple que vous ne le pensez&nbsp;&raquo;), mais bon, pourquoi tergiverser lorsqu&#8217;on nous assure &laquo;&nbsp;bonne qualité, fonctionnalité, petit prix&nbsp;&raquo;, avec ce slogan si incroyablement novateur &laquo;&nbsp;pourquoi payer plus ?&nbsp;&raquo;</p>
<p>Dans le catalogue IKEA, on appréciera enfin quelques produits aux nomenclatures originales : la lampe de travail &laquo;&nbsp;FORSÄ&nbsp;&raquo;, la poêle à frire &laquo;&nbsp;KAVALKAD&nbsp;&raquo; (spécialement pour vos steacks de cheval), le système de tri des déchets &laquo;&nbsp;RATIONELL&nbsp;&raquo;, ou encore les rangements &laquo;&nbsp;EFFEKTIV&nbsp;&raquo; qui &laquo;&nbsp;libère de la place pour que vous ayez plus d&#8217;espace pour travailler&nbsp;&raquo; (quelle chance).</p>
<p>IKEA, &laquo;&nbsp;différent comme toujours&nbsp;&raquo;, etc. etc.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Marketing idéologique chrétien</title>
		<link>http://derapage.skafka.net/2009/07/29/marketing-ideologique-chretien/</link>
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		<pubDate>Tue, 28 Jul 2009 23:15:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathias</dc:creator>
				<category><![CDATA[critique à coups de fourchette]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis quelques années, des affiches à vocation religieuse — chrétienne — sont visibles un peu partout en Suisse. Format F4 ou F12, elles arborent, en lettres blanches sur fond bleu, des extraits de la Bible, qu’on imagine, étant donné le prix de l’affichage, soigneusement choisis.
Le soin en question relève d’un marketing idéologique — marché de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis quelques années, des affiches à vocation religieuse — chrétienne — sont visibles un peu partout en Suisse. Format F4 ou F12, elles arborent, en lettres blanches sur fond bleu, des extraits de la Bible, qu’on imagine, étant donné le prix de l’affichage, soigneusement choisis.</p>
<div class="wp-caption alignleft" style="width: 281px"><img src="http://derapage.skafka.net/res/20090729_affiches.jpg" alt="Dans les rues de Lausanne..." width="271" height="436" /><p class="wp-caption-text">Dans les rues de Lausanne...</p></div>
<p>Le soin en question relève d’un marketing idéologique — marché de la croyance et marché du don, idéologique dans le sens d’une interprétation systématique du réel —, d’où la difficulté du classement de ce type d’affichage. Poursuit-il un but commercial ? Ou alors culturel ? Mais le marketing idéologique, lorsqu’il s’agit de religion, porte aussi un autre nom : prosélytisme. En l’occurrence, c’est ce dont on pourra se convaincre en se rendant sur la <a href="http://www.agence-c.ch" target="_blank">page web</a> de l’association à but non lucratif responsable de leur création et diffusion. L’<em>Agence pour Christ</em>, en abrégé <em>Agence C</em>, y expose son projet : « Sept ans pour ancrer la Parole de Dieu en Suisse ». Une campagne d’affichage de longue haleine, programmée de 2005 à 2012, qui se subdivise en trois « étapes » : 1) de septembre 2005 à mars 2008, « présenter le caractère de Dieu » ; 2) d’avril 2008 à septembre 2010, « enseigner l’amour et la fidélité de Dieu » ; 3) d’octobre 2010 à septembre 2012, « faire connaître les commandements de Dieu ». Une stratégie qu’on pourrait retranscrire par 1) présenter, avant de 2) séduire, pour 3) lier et soumettre.</p>
<p>Plusieurs remarques s’imposent. Tout d’abord, que le choix d’extraits opéré par ce « cercle d&#8217;amis interconfessionnels de chrétiens », tel qu’il se définit lui-même, n’a pas vocation à la réflexion, mais à l’endoctrinement ; c’est ce que révèle <em>a fortiori</em> cette volonté d’« <em>ancrer</em> les <em>vérités</em> divines dans la <em>conscience</em> de la population »<a href="#_ftn1">[1]</a>. Deuxièmement, que vouloir présenter le « caractère de Dieu » est une intention qui relève, au mieux, de l’anthropocentrisme, au pire, d’une démagogie qui prend les gens pour des imbéciles. Troisièmement, que la volonté d’« enseigner »<em> </em>l’amour et la fidélité de Dieu, n’est jamais qu’un recours à la pierre angulaire de toutes les religions : il s’agit de faire <em>prendre conscience</em> de la réalité de Dieu ; puisque quoiqu’il en soit, cet amour et cette fidélité sont supposés exister de manière intégralement indépendante de l’être humain qui en prend conscience. Dans cette perspective, l’action d’« enseigner » met en place une hiérarchie entre celui qui a conscience et celui qui n’a pas conscience, promouvant un rapport de pouvoir par l’entremise duquel toutes sortes de jugements qui échappent à la pure religiosité (si une telle chose existe) se trouvent diffusés et valorisés, mettant ainsi en suspens l’esprit critique, et par là même, la possibilité de la démocratie. Je rappelle au passage que, lorsque c’est le peuple d’un dieu qui est au pouvoir, nous quittons la démocratie pour la théocratie. Quatrièmement, que faire connaître les commandements de Dieu sera une intention vaine, et même vaniteuse, aussi longtemps qu’on se permettra d’abstraire ces commandements de leur contexte. On ne parvient ainsi qu’à nier le devenir des sociétés humaines… 2500 ans de silence et de pâturages ? Il devient de là légitime de supposer que l&#8217;idée que l’Agence C se fait de l’être humain remonte elle aussi à l’époque agraire.</p>
<p>Dans le calendrier de cette association à but « non lucratif » — ce qui est en effet d’une certaine ironie lorsque l’on regarde les raffinements de mercantilisme spéculatif que les religions ont su produire bien avant la naissance du capitalisme —, nous en sommes aujourd’hui à la deuxième étape du programme, « enseigner l’amour et la fidélité de Dieu ». Et j’en reviens aux affiches pour demander : comment sont-elles perçues par la population ? Avec ce constat que la majorité des gens regardent ces affiches d’un air distrait ; rien à voir avec les affiches de lingerie qui provoquaient il y a quelques années une grogne sensible dans les rues lausannoises par exemple. C’est qu’un extrait biblique, dans une société (certains osent même parler de civilisation) dont il est majoritairement convenu d’admettre les racines chrétiennes — ce qui est faux au moins en regard des origines de nos lois —, ne choque pas, ou peu. A la limite, la tolérance molle du citoyen postmoderne accepte cette présence parmi celle des pubs de voiture, cigarette, assurance et autres agences de voyage. Il existe pourtant une différence et elle est de taille : non seulement ces affiches sont-elles prescriptives, d’un désir, d’un mode de vie, mais elles sont en sus les dépositaires d’une légitimité qui, encore une fois par convenance, n’aurait pas à se remettre en question. En bas des affiches et faisant suite à tel ou tel extrait biblique, on peut lire : « dit la Bible », ou même, « dit Dieu dans la Bible »… Il nous est donc laissé le choix entre trois attitudes : soit les croire, soit les laisser parler, soit les critiquer. Et éventuellement, alors, les contredire.</p>
<p>« Heureux le peuple dont l’Eternel est le Dieu », une affiche avec, dans le coin supérieur gauche, le visage en noir et blanc d’une jeune femme souriante. Question : les peuples ayant adoptés d’autres religions sont-ils donc condamnés à être malheureux ? On savait déjà le Dieu de l’Ancien Testament jaloux… Mais surtout : ne serait-il pas davantage heureux, le peuple qui aurait pour Dieu le présent, et non l’éternel, qui aurait pour Dieu l’action concertée, et non la soumission hiérarchique, qui aurait pour Dieu l’invention de nouvelles manières de vivre, et non la sempiternelle répétition d’un credo ? Heureux… ? En tous les cas il nous paraîtrait plus digne et plus vivant.</p>
<div class="wp-caption alignleft" style="width: 236px"><img class=" " style="margin-left: 5px; margin-right: 5px;" src="http://derapage.skafka.net/res/20090729_affiche.jpg" alt="" width="226" height="313" /><p class="wp-caption-text">Place du Tunnel, Vélodrome, ...</p></div>
<p>Une autre affiche va nous permettre d’atteindre le sommet du vide : quand se démontre d’elle-même l’inanité foncière d’une campagne de publicité qui <em>ne s’intéresse pas</em> à l’être humain, mais seulement à des fidèles. « Mieux vaut se réfugier auprès de l’Eternel que de compter sur les humains. » Autrement dit, tournez le dos à votre prochain…<a href="#_ftn2">[2]</a> Grand écart devenu si habituel pour les chrétiens, qui tirent leur nom du Christ mais professent le nom et les paroles d’un autre Dieu, celui de l’Ancien Testament (ici un extrait des <em>Psaumes</em>).  Comme l’écrivait Nietzsche : « Avoir réuni en un seul livre l’Ancien Testament et le Nouveau, qui relève à tous égards du style rococo, pour en faire la Bible, le « Livre » par excellence, voilà peut-être la plus grande impudence et le plus grand « péché contre l’esprit » que l’Europe littéraire ait sur la conscience »<a href="#_ftn3">[3]</a>. J’irai jusqu’à dire qu’il s’agit là de deux divinités <em>différentes</em>, deux divinités que les chrétiens, sur le modèle « païen » d’ailleurs, savent toujours faire jouer l’une contre l’autre, avec l’opportunisme de celui qui cherche à tous prix à se justifier de son existence et de ses actes.  Or le texte de cette affiche semble tomber assez mal en regard de son promoteur, une Agence <em>pour Christ</em> qui met ici en avant un texte non christique, contraire à la doctrine du Nouveau Testament. Voici dès lors atteint le point de non retour, passé lequel il deviendra légitime de parler de nihilisme : le manque de probité dans un regard qui se détourne du devenir et cherche refuge dans un monde absent.</p>
<p>L’Agence pour Christ fut fondée en 1985 par Heinrich Rohrer, ancien propriétaire et fondateur en 1951 de l’entreprise Sipuro, qui fit son succès avec un produit de nettoyage des tuyaux d’écoulement. Sur le <a href="http://www.sipuro.ch/sipuro/fr/geschichte.asp" target="_blank">site web</a> de l’entreprise zurichoise, on peut lire cette notice : « Sipuro représente <strong>la qualité</strong> et propose un nettoyant fiable pour de nombreuses sortes de saleté différentes. <strong>Le nain, en tant qu’expert du nettoyage Sipuro</strong>, est le spécialiste qui vous aide volontiers à obtenir une propreté parfaite dans toute la maison. Sipuro est une <strong>marque suisse populaire</strong>, sur laquelle on peut compter pour tous les problèmes de nettoyage. »</p>
<div class="wp-caption alignright" style="width: 149px"><img src="http://derapage.skafka.net/res/20090729_lenainsipuro.gif" alt="Le nain Sipuro (oh oh !)" width="139" height="141" /><p class="wp-caption-text">Le nain Sipuro (oh oh !)</p></div>
<p>Monsieur Rohrer aura sans doute si bien nettoyer ses tuyaux qu’une lumière lui sera apparue… au bout du tunnel. Agence pour Christ, nettoyage de conscience garanti ?</p>
<p>Encore faudrait-il pour cela que nous ayons  une conscience de petits tuyaux….</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Source : <a href="http://www.agence-c.ch/">http://www.agence-c.ch</a>. Je souligne.</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> Mais certes, Dieu s’intéresse aux hommes et femmes de ce monde, et c’est par un habile système de relais d’intérêt qu’au final, celui qui s’intéresse à Dieu s’intéresse à son prochain, etc. etc.</p>
<p><a href="#_ftnref3">[3]</a> Friedrich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, § 52.</p>
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		<title>DéRAPage(s)</title>
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		<pubDate>Tue, 28 Jul 2009 11:23:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[méta]]></category>

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		<description><![CDATA[* DÉRAPAGE n. m. (1832), s&#8217;est employé d&#8217;abord en marine, avant de se dire d&#8217;un véhicule terrestre (1894), notamment d&#8217;une automobile, puis de se spécialiser dans les domaines de l&#8217;aéronautique (1922) et du ski (1939). Il est employé au figuré à propos d&#8217;un écart psychologique (1926) ou de comportement.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>* DÉRAPAGE n. m. (1832), s&#8217;est employé d&#8217;abord en marine, avant de se dire d&#8217;un véhicule terrestre (1894), notamment d&#8217;une automobile, puis de se spécialiser dans les domaines de l&#8217;aéronautique (1922) et du ski (1939). Il est employé au figuré à propos d&#8217;un écart psychologique (1926) ou de comportement.</p>
<p>(2) RÂPE n. f., d&#8217;abord écrit <em>raspe </em>(1269), désigne une grosse lime d&#8217;acier à entailles profondes ou à grosses dents pour gratter (<em>râper</em>), user une matière. Par analogie, il désigne couramment un ustensile de ménage servant à réduire une substance en poudre ou en très petits morceaux (1559).</p>
<p style="text-align: right;"><span style="color: #808080;">Extraits de Le Robert, dictionnaire historique de la langue française, 1998.</span></p>
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